L’expérience ‘’se jardiner soi-même’

Les pratiques proposées dans l’association ‘’Les pieds sur terre : ateliers de qi gong taoïste’’ visent le bien-être du corps en mouvement. Comment faisons-nous contact avec le sol, avec l’air, avec la nature, les autres, les étoiles… ? Les ateliers nous donnent la possibilité d’explorer tranquillement la conscience de ce qui se passe. Quelles crispations entravent la circulation des fluides ? Celle du sang transportant l’oxygène et les nutriments, de la lymphe nettoyant les liquides interstitiels tout en soutenant le système immunitaire, du liquide céphalo-rachidien baignant et irriguant le cerveau et la moelle épinière qui produisent et transmettent les myriades d’informations qui nous traversent à chaque instant… Quels réflexes périmés pourraient bloquer nos fonctionnements spontanés ? Ils touchent le va-et-vient respiratoire, l’alternance activité / repos, la réorganisation du corps confronté aux contraintes… Cette quête intime (apprendre de et dans notre corps), orientée vers un soi allant bien physiquement, mentalement, socialement et spirituellement nous amène à mieux comprendre comment fonctionne l’infra-structure énergétique qui nous fonde.

Nous sommes en effet à la fois énergie et matière. Notre fonctionnement ‘’énergétique’’ considéré comme allant de soi dans notre culture occidentale régit pourtant les transformations dans l’organisme ainsi que les mouvements. Il s’agit des assimilations (nourriture et apprentissages), des auto-régulations (dans le corps et dans l’esprit), des évolutions du corps comme de l’esprit (de la naissance à la fin de l’existence). Par une pratique régulière, s’installent divers micro-apprentissages : qualité des appuis, amplitude de la respiration…

Au fil du temps, se manifestent des changements dans notre auto-soutien (self-support) en situation comme dans notre adaptabilité. ‘’L’outil de vie’’ que nous sommes dans la relation au réel trouve un chemin de robustesse et de sobriété qui se raffine sans fin. Nous devons alors à Ingrid Malenfant (https://qigong-taichi-redon35.weebly.com/) la compréhension de l’importance d’une telle mise en corps à la fois tenace et minutieuse. Elle ouvre à d’autres résonances avec le vivant et nourrissant aussi nos capacités de coopération avec les autres.

Les pratiques proposées par l’association constituent en même temps un auto-apprentissage mené dans les pas de ce que proposait Laura Perls (1905 – 1990) dans le contexte de son époque. Faisant partie du groupe des fondateurs de la gestalt-thérapie, elle s’intéressait à ‘’la coordination et l’alignement, qui permettent au corps en mouvement de recevoir son principal support de sa base et de la respiration ; le haut du corps peut ainsi se mouvoir et s’exprimer librement. Si une personne doit se tenir à partir des épaules et du cou, elle n’est pas vraiment libre’’. Elle remarquait aussi que travailler avec patience sur de petites choses « semble atteindre bien plus profond », « mener bien plus loin », dans « l’expérience d’une vraie croissance ». Les recherches sur le fonctionnement du vivant qui n’existaient pas à son époque ont rendu justice à sa clairvoyance.

Sous l’angle d’une coopération nourrie d’auto-soutien et d’adaptabilité, les pratiques proposées nous semblent alors propres à faciliter ce qu’Edgar Morin (1921 – 2026) nomme ‘’bouillons de culture’’ qui sont « favorables en même temps à l’autonomie relative des esprits, à l’émergence de connaissances et idées nouvelles, au développement des critiques réciproques, tout cela favorisant corrélativement : l’élaboration théorique, l’esprit critique et les possibilités d’objectivité ». 

Une telle perspective pourrait prendre tout son sens quand s’amplifient les crises de toutes natures…